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Un blog à vous?

Dimanche 12 juillet 2009
VE: exo-live du jeudi 9 juillet - CONSIGNES

1. Situation :
Votre personnage est à bord d’un avion pour la destination qui vous est assignée ci-dessous. Alors qu’il/elle est aux WC, il/elle entend incidemment une conversation :
- Je crois qu’on a un sérieux problème… dit un homme sur un ton grave
- Est-ce qu’on doit en parler aux passagers ? répond une voix féminine
Il/elle n’en entend pas plus à cause du bruit des moteurs. En sortant des toilettes, il/elle voit une hôtesse de l’air affolée qui fonce vers une de ses collègues, et il/elle aperçoit un des membres de l’équipage qui disparaît derrière un rideau.


2. Les expressions suivantes doivent apparaître :
- Rock’n’roll !
- Roule ma poule !
- Pschitt !

3. Mentionner une destination et un objet :
Chako : les Açores et une pirogue


 À Salvadi Dalòr.

« Oh vain de Dieu, il commençait sérieusement à me taper sur le système, ce con-là ! Pourquoi faut toujours que je tombe sur des barges ? Je l’entends encore: « Ouiiii, les Açores sont la partie encore émergée du continent de l’Atlantiiiide, on peut donc y trouver des indiiiices, quand on sait comment chercheeeer ! »
Oh qu’est-ce qu’il était chiant ! Et il me ressort des pyramides dans les Bermudes ou sous le Japon, et des preuves dans l’architecture égyptienne, le livre de Job, je ne sais quoi, et Platon qui disait que… Comment peut-on aller aux Açores pour des motifs aussi stupides ? D’accord, de mon côté j’y vais parce que ma petite cousine m’a demandé de lui ramener un pan de mur de la maison natale de Nelly Furtado, mais bon, c’est sentimental, et puis… Oh merde, voisin de mes deux, je chie à ta santé! P… gnain !! Aaaah toi et ta connerie d’Atlant… »

Mais Bob Byrn-Baez n’eut pas l’occasion d’achever sa phrase. Enfin si, il aurait pu l’achever, mais il préféra se taire en prenant conscience de ce qui se passait en dehors des toilettes de l’avion. Il prêta l’oreille, happant les cris murmurés de deux voix de sexe opposé :
- Nathalie, je crois qu’on a un sérieux problème…
- Oh Josh, c’est terrible ! Est-ce qu’il faut en parler aux passagers ?
- Non, non, cela vaudra mieux. Ils pourraient être catastrophés s’ils apprenaient…
- S’ILS APPRENAIENT QUOI ??? les coupa Bob en hurlant.
Accompagnant son hurlement, il avait remonté son froc à l’arrache d’une main, ôté le verrou de l’autre et ouvert la porte avec le pied. L’avion eut une secousse et le pied restant manqua de faire s’écrouler le tout. Mais Bob Byrn-Baez tint bon. Il le fallait.
- Oh Josh, c’est terrible ! Maintenant un passager le sait !
- Mercie Nathalie, mais ce n’est pas parce que présentement je me sens con que tu dois me considérer comme tel. J’avais remarqué.
- Mais Josh, qu’est-ce qu’on va faire ?
- Je l’ignore Nathalie, je l’ignore.
Bob Byrn-Baez n’aimait pas être ignoré, surtout par des ploucs.
- VOUS ALLEZ RÉPONDRE À MA QUESTION, OUI ? éructa-t-il.
La blonde hôtesse se figea en une stupeur blême, mais l’homme se contenta de lever un sourcil en accent circonflexe.
- Écoutez Monsieur, cela ne vous regarde pas, alors veuillez retourner à vos présentes activités. Ou à votre place, si vous avez fini.
- Non, c’est toi qui va m’écouter, rugit Bob en silence. Tu parles d’un problème, sérieux qui plus est. Okay, très bien, maintenant développez. J’ai le droit de savoir.
- Monsieur écoutez…
- J’ai payé ma place, j’ai le droit de savoir.
- Allons, Monsieur…
- Dépêchez-vous de parler sinon je hurle en majuscules.
- Très bien, vous avez gagné, inutile de passer à l’acte ! Voilà, Nathalie et moi avons mené des études approfondies, et nous avons découvert… que le pilote est une belette.
- Pardon ?
- Oui, une belette. Assistée d’un furet sous acides.
- C’est une plaisanterie ?
- Pas du tout. Nous allons droit à la catastrophe.

Bob Byrn-Baez était perplexe. La blonde avait l’air stupide, mais l’homme semblait sincère. Une belette ? Un furet sous acides ? Cela n’avait aucun sens. Comment réagir à un truc aussi insensé, se dit Bob ? Réponse : dans le sens du poil. Bob mit ses cheveux en bazar et sa chemise hors du pantalon, la déboutonna partiellement au passage, et s’en fut dans les couloirs comme Big Foot à l’affût d’une pastèque. Il bondissait comme un zouave en poussant des mugissements à mi-chemin entre la poule et l’éléphant. Ah, il ne fallait pas prévenir les passagers ! Au moins, ils comprendront qu’il se passe des choses étranges.
Et, pendant que Bob entamait une glissade sur les genoux en hurlant, les index pointés vers le ciel, un bon vieux « Rock’n’roll !! » avec la bave aux lèvres et les yeux exorbités, son étrange voisin se leva de son siège en caquetant avec frénésie :
- Tuaoi ! C’est Tuaoiiii ! Le prophète avait raison ! Le Grand Cristal lui a mis les sangs sens dessus dessous !
Un autre voisin, un brun moustachu bien peigné, se prit à lui rétorquer :
- Oh, shocking ! Holly mother , what is this strange individu ? Is he un fou ? Crazy ?
Une bonne dame, petit tailleur mauve, cinquante-six ans d’âge, une mouche au visage et un demi-pot de fond de teint, de lui répondre :
- Oui, cela est véritablement scandaleux, il est anormal et même disproportionné d’assister à un tel spectacle, dans une compagnie de l’aviation française qui plus est.
- What ? A french company ? My gosh ! Je me suis planted d’avion ! We go bien to the Canaries ?
- Non, aux Açores !
- Holly shit !
L’homme fit mine de jeter son chapeau à terre, mais comme ledit accessoire n’était déjà pas sur son chef, il ne fit que s’arracher une poignée de cheveux, rugit sous la douleur et commença à sautiller à cloche-pied dans tout le compartiment.

C’est alors qu’un vieil Indien, assis sur un strapontin, tira une pirogue de sous son pagne et entreprit de ramer au nom de toute l’assistance. « Allez, roule ma poule ! » cria Bob Byrn-Baez en sautant à pieds joints dans l’embarcation, tout en ôtant ce qui restait de ses vêtements, jusqu’à se retrouver en caleçon. Un minimum de pudeur, tout de même.
Mais il n’aurait pas du dire ça. 
Son cri avait été entendu par tous les poulets qui, dans le compartiment cuisine, attendaient de se faire rôtir la couenne pour accompagner un semblant de purée. Ils réagirent illico, battant de leurs ailes déplumées à l’unisson, et tentèrent de trouver une sortie. Après avoir renversé deux caisses de sodas et un flacon de sauce tartare, ils se ruèrent dans la porte en scandant, dans leur langage de gallinacés, un équivalent de « Geronimo ».
L’Indien, du tac au tac, leur répondit qu’il était un guerrier Pueblo et donc en guerre contre les Apaches. Alors il se saisit de la pirogue pour leur aplatir la tête.
C’était oublier Bob Byrn-Baez, qui se trouvait toujours à la proue en tambourinant contre son thorax. Qu’importe, l’Indien avait de la force. Bob fit donc un vol plané forcé, mais ne toucha pas le sol : l’avion amorçait sa chute. Bob tombait en même temps que l’appareil, et eut pour la première fois depuis le début du voyage l’impression de voler.
« Plus loin, plus haut, des ailes, des ailes », se récitait-il dans sa tête.
Mais il n’allait nulle part ailleurs que vers le bas. Josh prit Nathalie à part et lui chuchota à l’oreille :
- Tu vois, je te l’avais bien dit qu’on courait à la catastrophe.
Et ce n’était pas peu dire : l’Indien, à force de frapper, avait fait un trou dans sa pirogue, duquel dépassait la tête étourdie d’un poulet trop hardi. Le brun moustachu, se déplaçant toujours à cloche-pieds, clamait alors haut et fort :
- Pschitt ! A hole in the bateau ! Pschitt ! A hole in the bateau ! The eau coule du hole of the bateau ! The eau coule du hole of the bateau !
Et c’était vrai, de l’eau s’écoulait de part et d’autre du trou.
- Tuaoi, me voilààà ! Nous allons découvrir les mystères perdus de l’Atlantiiiide !
Étrangement, au regard de ce qui se passait à côté, la présence de l’énergumène ne semblait même pas incongrue
- Josh, j’ai peur ! hurla Nathalie sans majuscules, car cela n’en valait tout de même pas le peine.
- Ne t’inquiète pas, j’ai une bouée de sauvetage, lui répondit son acolyte.

Bob Byrn-Baez, impuissant, vit les membres du personnel s’équiper sans lui accorder un regard, et ça il ne pouvait le supporter. Il prit son courage à deux mains sans couvrir son caleçon, bondit comme un marsupilami et sprinta jusqu’à la cabine des commandes. Il ne compta pas les passagers et membres de l’équipage bousculés, car il s’en fichait, la seule chose qui importait c’était de vérifier. Le pilote était-il, oui ou non, une belette ?
Il fonça et défonça à toute berzingue comme un dératé, comme un forcené, et comprit alors : la vérité, c’est que le pilote n’était pas une belette. Josh c’était trompé. En réalité, il s’agissait d’une loutre. C’est pour cela qu’elle avait besoin d’eau, et faisait plonger tout l’avion. Pas de temps à perdre, Bob assomma l’animal et entreprit de prendre les commandes. Mais son regard s’arrêta sur un petit carnet. En l’ouvrant, tous ses soupçons se confirmèrent : le carnet rapportait diverses transactions avec une compagnie de pêche menée par des otaries. La loutre avait monté une affaire avec elles, et se chargeait de transporter la cargaison de l’océan au continent, afin de la distribuer à des fouines qui assureraient la vente, sûrement adressée à des blaireaux. Ou des pigeons, peu importe.
Stoppant net ces considérations inutiles, Bob empoigna plusieurs leviers dans l’espoir de redresser l’appareil. Mais il était trop tard : l’eau avait déjà envahi plusieurs compartiments, l’avion était désormais condamné à couler.
En guise de dernière pensée, Bob eût un éclair de lucidité : il avait oublié de tirer la chasse.

 
Par Chako Noir - Publié dans : la plume au chako - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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