Aujourd'hui je présente un enfant des années folles, Cami, considéré par Chaplin himself comme le plus grand écrivain humoriste du monde, admiré par Jacques Prévert,
Raymond Devos et bien d'autres. Il connut une grande gloire durant l'entre-deux guerres, mais fut presque oublié dans la seconde moitié du XXème siècle.
Autant de bonnes raisons pour qu'un chouilla de ses écrits apparaisse sur ce blog!
ACTE I
Le théâtre représente une boutique de naturaliste.
LE NATURALISTE(seul)-Ah ! voici un client !
ACTE II
LE NATURALISTE(obséquieux)-Que désirez-vous, monsieur ? LE MONSIEUR -Me faire empailler tout de suite
! LE NATURALISTE(ahuri)-Hein ? LE MONSIEUR -Oui. Je paierai bien. Passons
dans votre atelier. LE NATURALISTE(à part)-Je lui salerai sa facture !(Ils
entrent dans l'escalier)
ACTE III
Une heure après.
LE MONSIEUR(sortant de l'atelier avec le naturaliste) -Là, ça va très bien. Je ne me sens pas gêné dans les entournures. Je suis très bien empaillé.
Combien vous dois-je ? LE NATURALISTE -Je vais faire la petite note
de monsieur. C'est égal, monsieur peut se vanter d'être un fier original ! LE MONSIEUR(glacial)-Pourquoi ? LE NATURALISTE -Pour s'être fait empailler,
parbleu ! LE MONSIEUR -Mais c'est très logique ! J'ai
constaté que les animaux empaillés se conservent indéfiniment. Je tiens à me conserver aussi indéfiniment, voilà tout. LE NATURALISTE -Oui, mon cher monsieur, mais
ce que vous n'avez sans doute pas remarqué, c'est que l'on n'empaille, on n'embaume que les morts ! LE MONSIEUR(navré) -Je suis donc mort ? LE NATURALISTE -Evidemment. LE MONSIEUR(rageur)-Vous ne pouviez pas m'avertir avant !!!(Il sort en faisant
claquer la porte)
- Pierre Henri Cami,Drames de la vie courante(montage, 1991)