C'est ce qu'on appelle un texte écrit à 4 mains: 2 auteurs. Pas de bol, c'est d'une débilité absolue. Normal, étant coincés dans un bus, il nous fallait bien trouver une occupation.
• Localisation spatio-temporelle: entre les 6 & 7 mars 2009, de Prague à Angoulême.
• Coupables: Clendorie & Chako.
Chaque ville possède, en plus de ses quartiers de plaisirs, une légende noire. Jack, homme naturellement curieux, collectionnait ces obscurs récits par pure
passion. La nuit venue, il hantait les quais, à la recherche d’un interlocuteur - et éventuellement d’une chope de bière. Le plus souvent, une ou deux filles du tapin le distrayaient quelques
temps, et le bar des dockers étanchait sa soif, mais il n’était jamais pleinement satisfait, comme si catins et barmen n’étaient que le prix de consolation d’une quête inachevée. Plus
précisément, la recherche de ce qu’il se plaisait à appeler la légende ultime, celle qui lui assurerait fortune et renommée tout en apportant satisfaction à son insatiable curiosité.
Mais tout bascula quand, par une nuit sans lune, un type effarant entra dans le bar à pas d’heure en criant cette formule: « Une 38, sans faux-col et au p’tit jus!
» Le type en question aurait fait fuir le plus brave des hommes, non pas tant par son aspect effrayant que par l’excentricité et le mauvais goût chronique qui caractérisaient son costume.
Celui-ci se composait d’un justaucorps en cuir noir sur lequel étaient accrochés des anneaux métalliques rouillés en divers endroits, d’une longue veste gris brun qui aurait pu être belle, mais
qui semblait avoir amassé tant de poussière qu’elle ne pouvait être autre chose qu’un haillon terne traînant jusqu’aux santiags trouées du type; quant au pantalon, il s’agissait de la seule chose
un tantinet normale chez cet homme, si l’on considère que la soie rose brodée de fils d’or et de paillettes est le summum de la normalité. À peine assis il ébouriffa la motte de paille qui lui
servait de cheveux et claqua des mains. À la grande surprise de Jack, il fit apparaître une pièce d’argent qu’il fit ensuite tinter sur le comptoir. Surprenant, et pourtant le barman,
indifférent, lui apporta une chope noir de jais, entièrement opaque. Jack ne put s’empêcher de demander: « Qui êtes-vous? » L’autre rota, avant de répondre par une autre question: « Combien de
points de charisme as-tu? » Jack n’en fut que plus effrayé. « Euh… » tenta-t-il lamentablement. « Qu’entendez-vous par là? Kant n’a-t-il pas dit que le charisme est une notion relative? Seules la
force et l’endurance comptent. » L’étranger sortit alors une épée de son justaucorps et dit: « Tu me plais, petit, tu me plais bien. Sapere aude, disaient les Lumières, et praedam
facere, disait mon prof de latin. Penche-toi que je t’adoube. » Alors Jack répliqua : « Chuck Norris ne s’agenouille pas, c’est le monde qui s’agenouille devant Chuck Norris. » Et…
« Damned! Tu m’as démasqué! Ainsi, petit, tu es prêt à entrer dans la légende… Car je sais que tu ne t’en tamponnes pas l’oreille avec une babouche. Allez,
laisse-moi te serrer la main. » Et Jack cria, comme une tafiole d’elfe de la nuit, avant d’ajouter: « Je ne vais pas seulement entrer dans la légende, je vais la devenir… Y aura de la binouze? »
L’étranger répliqua: « Il y aura bien plus que de la bière si Dieu le veut. Aucun alcool n’est assez fort pour Chuck Norris. Et toi, petit scarabée, ça te dit d’être un homme au moins une fois
dans ta vie? Avec du poil aux couilles et une bonne descente de cuite?
— Oui!
— Alors prends cette épée vorpale +2 et cette rondache, elles te seront utiles.
— Et vous, vous n’avez pas d’arme?
— Dans Walter Texas Ranger, est-ce que j’avais besoin d’une arme? Non, car Chuck Norris ce n’est pas du ciné-club. C’est un truc d’hommes virils avec de la
testostérone, de la sueur et des larmes. Et même du kung-fu, appris auprès de mon maître Van Damme. »
À ces mots surgit de sous la table un lutin bossu avec une grosse clé entre ses petites mains. « Attrape-le! » rugit Chuck, mais le lutin était ceinture noire de
karaté. Jack allait devoir utiliser son épée vorpale pour récupérer la clé. Malheureusement celle-ci se brisa et il dut utiliser sa tête, chose très difficile car il n’avait pas beaucoup de
points d’intelligence. « Mais non, utiliser sa tête ça veut dire coup de boule! » cria Chuck Norris, qui s’empressa de montrer l’exemple en envoyant un coup de tête dans le ventre du troll
aubergiste qui répliqua avec un double coup de pied circulaire à la face d’un pauvre client qui tomba sur le dos du lutin qui lâcha la clé. Avec courage, Jack sauta sur la clé mais comme il
manquait de points de dextérité il l’envoya rouler sous une armoire. Alors Chuck Norris dit: « Chuck Norris peut soulever une armoire par la force de sa pensée. » Et l’armoire fut
soulevée.
Hélas la clé ne fut pas récupérée par Jack mais par un homme vêtu d’un peignoir sur lequel étaient brodées les lettres JVD. C’était un homme avec autant de
testostérone que Chuck, mais en plus aware. Il ôta son peignoir et dévoila deux choses: un corps bodybuildé et un slip en acier avec une grosse serrure. Il dit: « Merci pour la clé team of nazes.
I am Julien Van Damme, petit cousin issu du germain de JCVD, et grâce à cette clé je vais devenir plus aware que lui. » Il reprit sa respiration et annonça, non sans difficulté: « Aujourd’hui,
j’ai trente-cinq ans, et à cause de ce slip je suis toujours puceau. VDM. But the things vont changer, grâce à vous. Thanks Chuck, et merci little tête of nœud. Je dois rentrer at home, j’ai un
combat avec ma tauren danseuse étoile niveau 53 et ma guilde contre les Rabbit Girls sur World of Warcraft. » Et dans un grand mouvement de peignoir, il kicka vite fait le lutin et sortit du
bar. « Merde, il aurait pu payer la tournée! » s’emporta Jack.
Son nouveau pote répliqua: « C’est pas grave, les biceps de Chuck Norris ont suffisamment de charisme pour que le barman nous serve gratos. Tavernier! Deux 38, sans
faux-col et au p’tit jus! » Ainsi Jack découvrit que le tavernier n’était pas un troll mais une trolle: il avait en effet confondu sa robe avec un immense sac à patates…
En plus de l’alcool et des biscuits apéro il (non, elle!) apporta des capotes lubrifiées et dit: « Rapportez ça à Julien avant qu’il fasse des conneries.
— Oui, mais où trouver JVD? » protesta Jack.
Le lutin, qui servait occasionnellement de gigolo à JVD prit le parti d’intervenir et marmonna: « Vous pourrez le trouver au Pravda, c’est une boîte sur la
Douzième. » Après avoir lancé les dés pour savoir quoi faire, Chuck et Jack détroussèrent le lutin pour lui voler sa dague et se barrèrent en courant. Arrivés sur place, ils ne tardèrent pas à
retrouver Julien à moitié à poil et complètement bourré, entouré d’une horde de femelles admiratives. Ils se jetèrent sur lui et l’embrochèrent avant de se rendre compte que la quête consistait
juste à lui remettre les capotes. Aussi ils ne gagnèrent pas d’XP, et Jack tenta de casser la gueule à son partenaire qui avait eu l’idée de l’embrochage. Or Chuck Norris ne pouvant se faire
casser la gueule, c’est Jack qui se prit une raclée et ce n’est qu’en crachant ses dents dans le caniveau qu’il se rappela que Chuck Norris avait la plus grosse paire de couilles du monde, qu’il
latta bien fort.
Ainsi Jack entra dans la légende comme celui qui avait permis au cousin de JCVD de découvrir (brièvement certes) l’art de la reproduction, et empêché Chuck Norris
de le pratiquer à tout jamais.
*voir aussi: http://www.chucknorrisfacts.fr/