Je sais, le précédent était déjà un Baudelaire, mais c'était un texte en prose, aussi voilà un sonnet. Version
mp3 à la clé, bien évidemment.
Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.
Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres ;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin ;
Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

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Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, "Spleen et idéal"
(1857)
*Au passage: pas de majuscule à "mal" dans les Fleurs, c'est une erreur volontaire ou non de certains éditeurs. Mais pour une question de
sens, laisser la minuscule est beaucoup plus conforme à la volonté baudelairienne.
D'ailleurs, Baudelaire l'écrivait avec une minuscule.
Mais ce n'est pas à propos de cela qu'eut lieu la polémique, que dis-je, le procès qui suivit la parution de l'oeuvre: en effet certains poèmes, jugés de non conformes aux bienséances (très
suggestifs voire quasi pornographiques) furent condamnés à être retirés du recueil. La même année, Flaubert comparaissait pour Madame Bovary, mais si Gustave gagna, Charles perdit.
Enfin, aujourd'hui les six poèmes sont parfaitement autorisés. D'autres, en revanche, seraient susceptibles de créer une polémique s'ils étaient publiés aujourd'hui (pour ce qui pourrait passer
pour des connotations pédophiles, par exemple).
Enfin, on s'en fiche, Baudelaire était un grand de chez les grands, poète maudit dont Rimbaud et Mallarmé furent les émules.
Et puis les chats sont fous, de toute façon. (tiens, si je plaçais une vidéo juste là?)
Par Chako Noir
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Publié dans : écrits des grands
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