J'ai chaud. Il fait noir. C'est douillet.
Je me sens bien. J'étouffe,
mais je me sens bien. L'obscurité me
rassure. J'ai peur de la
lumière. La
lumière signifie que je dois partir.
Partir en laissant tout derrière moi. Je
suis forcé, on me force,
quelqu'un que je ne connais pas me force à abandonner. C'est Dieu. Dieu s'agrippe à ma tête et la
tire vers sa lumière. Mais je
ne veux pas,
moi! Ici il fait noir et c'est
douillet. Certes ce n'est pas bien spatieux mais ça
me convient, moi! Je ne veux pas! Je suis claustrophobe, j'ai peur d'être
enfermé dehors, au secours,
emprisonné dans la lumière,
à l'aide! Personne ne m'aide.
La lumière se fait de plus en
plus intense, je ne vois
plus rien. J'ai peur du jour!
Mes yeux me brûlent! Je pleure! Arrêtez! Je pleure
parce que j'ai peur du jour et en
plus il me fait mal à la tête ce
con de dieu! Espèce de lâche, déguisé en
lumière, je ne peux te voir, et en
plus de ça tu éprouves un malin plaisir à me
torturer ainsi, à
me forcer contre mon gré à quitter pour toujours mon domicile? Quel genre de dieu
es-tu?
Tout est de couleur lumière
ici. La lumière
c'est le néant, je ne peux pas la
toucher, je
ne peux pas la palper, la sentir, rien.
Mes pieds tentent de s'accrocher à ce petit noir douillet, mais déjà c'est trop tard. La main
de Dieu enserre ma tête et mes petits doigts
sont bien trop faible pour ôter cet infâme
étau de mon crâne.
Ça y est, il n'y a plus de noir douillet. Jamais plus.
Je suis entouré
de jour, au secours, j'ai mal, je pleure, je
respire. Maman.
Quelle heure est-il? Quelle
heure? Quel pays? Quel jour? Quelle saison? Stop.
Rostand est
mort depuis
des lustres, et moi je
nais à peine. Que diable fais-je dans cette galère? Stop à nouveau. J'en suis au
début, commençons par le début. Premier point : je pense donc
je suis. Ça, c'est un bon départ. Qui suis-je? Heu... à première vue... ben...
pas grand
chose il semblerait. Un petit bout de
chair rose avec une tête
et deux bras, plus les pieds et un embryon d'appareil reproducteur masculin. Rapide état des lieux, cela dit d'un autre côté, et à
en juger par
la taille
de mon entourage, je suis tout petit. Grand comme ma minuscule expérience de la vie, c'est-à-dire deux minutes. Je suis grand de deux minutes, et vu la taille du type qui me regarde, il doit bien avoir vécu trente ans de plus. Je ne suis qu'un infime morceau de temps, et de seconde en seconde
mon existence se prolonge dans l'éternité.
Je regarde autour de moi. Il y a du sang. Beaucoup. Maman a dû souffrir énormément. C'est ma faute : je ne voulais pas partir. Ça n'a pas dû lui faciliter la tâche. Console-toi petite maman, le fruit de tes dures épreuves est enfin mûr, si tu veux me serrer dans tes bras je me laisserai cueillir.
Après l'orage vient le beau temps ; cette grossesse t'a foudroyée, me voici un soleil.
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Par Chako Noir
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Publié dans : la plume au chako
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