Un
sourire.
Lorsque Elsea regardait son reflet dans
l'onde pure, c'est ainsi qu'elle se voyait. Un
sourire, elle n'était qu'un sourire.
Cette pensée la fit rire. Allongée sur l'herbe
humide, la jeune fille prenait un
bain de soleil au bord du ruisseau. Sa main
vagabondait à la surface de l'eau,
taquinant la fraîcheur de la pointe des
ongles, effleurant une algue de temps
à autre, surprenant un poisson, plongeant dans
la vase pour remonter à l'air libre, un nuage
de bulles papillonnant derrière elle.
L'air de rien, Elsea rêvait de printemps. La
prairie était parsemée de fleurs. Elle
quitta la berge pour cueillir une pensée, et la porta paresseusement à son visage. Les pétales indigo lui chatouillaient le nez, le vent caressait ses cheveux, le ruisseau bruissait paisiblement dans son lit. Un peu plus loin, haut perché dans un arbre, un oiseau fredonnait une mélodie envolée, quelques notes cristallines teintées de gouttelettes
harmonieuses qui pleuvaient en douceur sur
la belle. Cet oiseau, Elsea se l'imaginait bleu, comme l'azur, comme l'océan, car chaque son qu'il faisait
parvenir à ses oreilles l'emmenait dans un rêve au dessus des nuages, par delà les mers, tourbillonnant avec
délice dans les étoiles. Elle ferma les yeux. Elle marchait sur un sol de nacre, sous le regard complice d'une
lune vermeille. De gigantesques montagnes de barbe à papa se profilaient à l'horizon, des oiseaux blancs comme
neige voletaient gaiement autour d'elle. Un pas après l'autre, elle suivait la cadence des oiseaux qui
l'emmenaient au bord d'un étang aux eaux sombres comme la nuit. La fillette s'agenouilla, pris une poignée de
sable blanc entre ses mains, qui s'envola au gré de sa fantaisie dans un scintillement argenté. Elle avança vers
l'eau et s'enfonça lentement dans les profondeurs de l'étang silencieux, sans qu'aucune goutte ne vint
mouiller sa jupe de flanelle.
Allongée sur l'herbe, Elsea s'offrit aux bras de Morphée dans une douce étreinte, bercée par un chant venu
d'ailleurs.
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