Vendredi 30 mai 2008
Sherva en tête, le cortège royal traversait la forêt; une faune entière guidée par un petit écureuil. « Majesté ! Majesté ! Nous y sommes presque ! » piaillait le minuscule éclaireur à la mascarade qui emboîtait son pas. Plus que quelques mètres à parcourir, un fossé à franchir, un tas de feuilles mortes à contourner, une branche hasardeuse à esquiver, un entrelacs de racines à enjamber; et puis il fallait faire bien attention à ne pas glisser sur la mousse humide, ou écraser un brave champignon blotti contre l'écorce résineuse d'un vieux hêtre; et puis soudain, derrière la silhouette protectrice d'un grand chêne...

L'enfant était là. Lumineuse, rayonnante comme un petit soleil blond égaré sur l'herbe verdoyante, un ravissant bouton d'or épanoui sous le ciel de mai. Le vieux cerf accablé par une marche qui lui avait paru trop longue, après quelques secondes nécessaires à ses yeux pour s'accoutumer à la lumière qui baignait la fillette, pu enfin contempler cet être pour lequel il était venu. Machinalement on lui fit une place, il fallait qu'il soit au premier rang. L'enfant devait sûrement rêver de douceur et de miel, le cœur du roi s'attendrit en la voyant. Le visage serein de la petite humaine lui procura une intense sensation de calme, comme si son corps meurtri venait en un instant de faire la paix avec lui-même. Un à un, domptés par l'aura bienveillante d'Elsea, les cernes se retirèrent de la face royale. Le grand cerf resta immobile un moment, hypnotisé par la jeune fille dont les cheveux légers flottaient timidement dans la brise. Pas une fraction d'instant son regard ne quitta le petit être d'or et de soie, noyé dans l'herbe tendre, inondé de la lumière d'un Hélios complice. Devant la beau à la fois humble et magnifique de ce spectacle tout en douceur, le roi se recueillit et remercia la vie. Autour de lui tous firent de même, la forêt toute entière volait une bouffée de grâce à la fillette endormie.

Elsea était allongée au milieu d'une clairière, au bord d'un ruisseau dont le gazouillement rivalisait de grâce avec celui des oiseaux. Autour d'elle, les regards curieux d'une ribambelle d'animaux la contemplaient en silence. L'un d'eux était un chat, son voisin un renard, derrière eux une vieille hase accompagnée de ses petits. Au devant un minuscule écureuil trépignait d'excitation, les yeux écarquillés et assoiffés d'une curiosité intangible. Au cœur de l'assemblée un cerf majestueux brandissait fièrement ses bois superbes à la barbe touffue des arbres. Les habitants de la forêt étaient venus pour elle. Tous ces regards tournés vers elle, une jeune fille à peine pubère, presque une enfant, tous ces museaux tendus avec affection et admiration semblaient si vrai. Un peu plus loin, haut perché dans un arbre, un oiseau qui devait être bleu chantait une musique, divine mélodie capable d'attendrir la moins docile des ouïes. Enchantée par le tourbillon de notes flûtées, emportée par la magie vers des cieux plus beaux encore, Elsea ferma les yeux. Un sourire au lèvres.



FIN
paragraphes précédents: 1.. 2.. 3..
par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 25 mai 2008
Voilà, certains le savent, d'autres pas, mais le lundi 19 mai 2008 Flo a passé un concours d'entrée à l'IUT de Tours en infocom option journalisme, avec les 160 autres postulants admis à le passer (alors que plus de 600 n'y furent pas autorisés..) pour une trentaine de places. Bon, on n'y croit pas trop, et puis de toute façon si Flo est admis en prépa L à Bordeaux, il ira à Bordeaux. Résumons simplement les épreuves:
~ tout d'abord la réécriture d'un article
qui traitait sur le débat entre d'un côté les journalistes traditionnels et de l'autre les chroniqueurs émergents de la blogosphère qui sont accusés de condamner l'avenir de la presse écrite ;
~ suivie d'une discussion
autour d'un sujet relatif qui fut "la première qualité d'un information doit-elle être la fiabilité ou la popularité?" ;
~ puis d'un questionnaire
mêlant actualité et culture G qui au final relevait du calvaire (entre Monet, Max Haavelard, Pompidou et Sophocle en passant par les OGM, les gaullistes, le taux d'échange euro/dollar et le tabloïd le plus imprimé en Grande-Bretagne) ;
~ et enfin d'une analyse photographique où il faut décrire une image (des roumains employés chez Dacia qui se manifestent devant l'usine, voir photo ci-dessous, en songeant que nous on ne l'avait qu'en noir et blanc, mais que je la laisse en couleurs parce qu'elle est plus jolie), et évoquer le ressenti et l'émotion donnés par ladite photo.

Bref, c'était pas de la tarte, d'autant plus que dans cet établissement inconnu au bataillon, sans aucun repère familier, sans aucune personne connue, notre pauvre Flo était totalement perdu, et la journée lui sembla bien longue. En guise de témoignage, quelques mots griffonés sur une feuille de brouillon :


Brève définition de l'ennui
Ni plus ni moins que du temps qui fuit
Et semble ralentir les durées
Des fois qu'on veuille le rattraper

Z
profond, isn't it?
Z
Voilà et après Florent c'est au tour de Benoît de passer son concours le mercredi 28 mai, toujours de l'infocom mais cette fois-ci avec une option de gestion des organisations, et qui se déroule à Bordeaux. Par ailleurs, si le concours de Tours semble aussi relevé que les Championnats nationaux interclub d'athlétisme, par comparaison celui de Bordeaux c'est les Jeux Olympiques. Et maintenant à bonne entendeur...
Z

Z
... SALUT ! (faut le savoir le coup des ouvriers en grève, tout de même!)
par notre reporter pas tout à fait anonyme publié dans : news en vrac communauté : Les chroniques de la meute
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 18 mai 2008
« Laissez passer le messager ! Laissez passer le messager ! » clamait Sherva de sa voix aiguë en se faufilant entre la foule qui stationnait au chevet du grand cerf. En entendant ses mots, lapins, belettes, blaireaux et rongeurs en tous genres lui frayèrent un chemin entre leurs rangs, et l'écureuil parvint sans embûche au talus ou gisait le seigneur de la forêt, la mine aigrie et le regard vitreux. A ces côtés une vieille hase s'affairait avec des plantes aux vertus médicinales, préparant une rustique décoction qui pourrait calmer la fièvre du roi.
- Bi
en-aimée majesté. Votre remède est prêt, annonça fièrement le petit messager en se prosternan
t.
À ces mots la hase t
endis l'oreille. Elle se désintéressa subitement de ses plantes et dé
visagea l'écureuil.
- A
pprochez, mon jeune ami
.
Sherva s'exécuta.
- V
ous dites que l'enfant s'est endormie à l'orée
de la forêt ?
- En eff
et, je viens vous faire
parvenir la nouvelle.
- Alors il n'y a pas un
instant à perdre.
La h
ase haussa la voix et clama à toute l'assemblé
e :
« Loyaux sujets, fi
dèles amis de sa majesté, les braves Camis et Timero ont trouvé la perle qui nous manquait pour le salut de notre bien-aimé seigneur. Venez, prenez la route avec nous, aidez-nous à porter notre roi. C'est d'une enfant endormie que dépend l'avenir du grand cerf aujourd'hui, un petit soleil qui lui redonnera la vie. L'espoir nous sourit à nouveau
. »


Elsea marchait tou
jours. Le bruit de ses pas résonnait sur les dalles, et de minces rayons de lune filtraient entre les murs. Le couloir la conduisit à une cour intérieure, surplombée par le ciel étoilé. L'astre du soir se baignait dans un bassin entouré de roseaux. Petite touche d'exotisme, un saule pleureur s'abreuvait dans le flot limpide. Une lumière argentée émanait de l'eau silencieuse. Elsea eut comme une impression de déjà vu, la lueur mystique lui était familière. Un goût de barbe à papa papillonnait sur sa langue. Cette eau était la même. Et pourtant ce serait différent. Cette fois-ci elle ôterait sa robe de flanelle. Elle irait goûter la fraîcheur, elle offrirait sa peau nue à la source aimante sous l'œil complice de la lune. La belle Séléné veillait sur elle, blanche et aussi ronde que les bulles qui s'amassaient autour d'Elsea. Inondée de nuit, elle ferma les yeux et s'abandonna avec délice. Un sourire aux lèvres.




..  Une image, un rêve, une illusion peut-être.
..  La nuit me berce et loin de toute vie,
..  Par delà les étoiles je brille de tout mon être.


..  Délice du songe, douceur fébrile,
..  Je voyage sans crainte à travers la nuit,
..  Fugace évasion de bonheur volatile.


par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 12 mai 2008
Sur l'autre rive, dissimulés dans un buisson, deux paires d'yeux observaient la jeune fille depuis une bonne heure. Le moindre de ses gestes avait été épié par de petits curieux.
- Camis! Camis! Elle s'est endormie tu crois? chuchota l'un.
- Mon vieux Timero, si j'en crois mon instinct, je dirais que oui, murmura l'autre.
- On peut donc hausser le ton?
- Oui.
- Elle dort, tu en es sûr?
- Mon flair ne me trompe jamais, Timero.
- Alors tout baigne. Va prévenir les autres, je monte la garde.
Timero s'exécuta. D'un bond agile il sauta sur la branche la plus proche et escalada le chêne massif où résidait son ami Sherva. Un trou circulaire dans l'écorce consistait en la porte d'entrée du foyer. Timero passa son museau à l'intérieur, mais il ne vit personne bouger.
- Eh Camis! Sherva n'est pas là!
- Bon sang, satanés écureuils, on ne peut pas leur faire confiance! Toujours occupés ailleurs!
Vu d'en haut, Camis le renard semblait bien petit. Le voir s'énerver au ras du sol, les oreilles rabattues sur les côtés, la gueule grande ouverte débitant un flot d'injures à l'encontre de la gent écureuil, était un spectacle très divertissant. Pour un félin de la classe de Timero, ce rouquin au poil touffu était un désopilant énergumène qui n'avait pas son pareil pour glapir tout et n'importe quoi, mais dont l'intelligence semblait flancher parfois. Timero, quant à lui, était un superbe chat sauvage tigré. Sa fourrure était une mosaïque couleur sable aux nuances d'ambre et d'ébène, et elle se parait fièrement d'un superbe plastron blanc crème ainsi que de menues socquettes assorties. Assurément, Timero était un séduisant matou. Et lorsqu'il n'avait rien de plus urgent à faire, il s'empressait de réajuster consciencieusement le lissage de son poil en quelques coups de langues. Ce petit moment à patienter était l'occasion rêvée. Tandis qu'au pied de l'arbre Camis rouspétait , à la cime le félin renouvelait son brushing. « On ne se refait pas », songea celui-ci.

Elsea, inconsciente du dialogue que se livraient les deux bestiaux, découvrait un pays qu'elle ne connaissait pas. Elle parcourait un long fleuve qui arrosait le désert de ses eaux généreuses. Non loin de sa chaloupe, trois pyramides dominaient fièrement une vallée aride. Un peu plus loin, un temple à demi ensablé bravait le temps pour subsister, ses deux obélisques à la pointe jadis dorée défiant fièrement le ciel. Le soleil de plomb carbonisait le sol, les feuilles des palmiers dansaient lentement au gré du vent brûlant qui soulevait la poussière sur son passage. Elsea, elle, n'avait cure de la chaleur; entourée par les flots, elle voguait paisiblement au-delà de tout soucis. Un sourire au coin des lèvres, les pensées égarées dans un rêve.

Un peu plus haut, sur un grand chêne vert, un petit écureuil s'affolait. Que faisait un chat sauvage à l'entrée de son logis? Le rongeur, encombré par une grosse noisette cueillie quelques minutes plus tôt, était dans l'embarras le plus total. Il s'approcha discrètement du matou... et reconnu son ami Timero. Aussitôt rassuré, il pris une allure beaucoup plus décontractée et marcha d'un pas nonchalant vers le félin qui le regardait godiller d'un œil amusé.
- Maître Sherva, je commençais à me faire du soucis.
- Oh, vous savez, faut pas vous faire de mouron pour moi. Je ne suis que rarement loin du nid.
- Fort bien. Vous faîtes mieux de n'en pas être éloigné, car je me serais vu dans l'obligation d'aller vous courir après.
- Ah ? Et en quel honneur ?
- L'enfant s'est endormie.
- Vraiment ? Je veux dire, ça y est ? Elle dort ?
- Puisque je vous le dis.
- Chic alors !
- Et en conséquence, je venais vous rappeler la tâche qui vous est investie.
- Vous avez raison, je n'ai que trop tardé. Mais pourquoi n'êtes-vous pas parti ?
- Camis rêve toujours de planter ses crocs dans votre chair.
Une brève expression d'effroi illustra le visage de Sherva, en souvenir d'une course poursuite menée par le renard qui avait bien failli lui coûter la vie. Être dans les petits papiers de Timero était un bel avantage, songea-t-il.
- Seigneur Timero, je m'en vais de ce pas quérir le roi. Je suis à vos ordres.
- La communauté compte sur vous, maître Sherva. Pour ma part, je vais cueillir mon déjeuner et reprendre mon poste. Soyez ponctuel, mon ami.
- Je n'y manquerai pas, lança l'écureuil avant de disparaître dans le feuillage.
En toute hâte le félin lissa ses moustaches, jeta un bref coup d'œil au renard qui faisait les cent pas en bougonnant, et plongea à son tour dans l'épaisseur de la forêt.

Dans son sommeil, Elsea marchait lentement dans une cité en ruine. Un temple se profilait à sa gauche. Une statue représentant une déesse à tête de chat semblait épier le moindre de ses actes. La fillette s'en approcha, intriguée, et posa sa main sur le crâne de bronze d'un geste qu'elle voulait bienveillant. La divinité accepta la caresse de la jeune fille. La ville endormie s'offrait à elle. Un sourire aux lèvres.
par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander

B&F présentent

  • ben-y-flo
  • : Flo "Chako Noir" & Beny the bandit, 2 lycéens et un peu de leur vie, de leurs projets, de leurs écrits, de leurs réalisations, de leurs parcours, de leurs productions... bon ben un blog quoi!
  • Recommander ce blog

Nos pages perso

Des images

La date

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Là c'est vous qui avez écrit

Rechercher

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

Nous faire de la pub

Cliquez ici pour recommander ce blog

Vous voulez un blog?

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus