Mardi 8 avril 2008
Ma vision s'améliore. Ce n'est plus un panorama immaculé qui s'offre à moi, mais un grand flou coloré. Coloré, certes, mais flou tout de même. D'ailleurs pour ce qui est des couleurs, je dois avoir des soucis avec le rouge, parce que le vert semble dominer très largement dans ce brouillard de lumière. Monsieur devant, tu me prètes tes lunettes?
Je
me retourne.
M
on petit noir douillet me semble si loin... et plus rouge que noir d'ailleurs? Ouf, cela prouve que je ne suis pas daltonien, il existe tout de même autre chose que du vert et du blanc dans ce monde. D'un autre côté, moi qui ait toujours pris ce rouge pour un noir, je ne sais pas si je suis vraiment bien pla pour définir mes aptitudes visuelles... et puis toutes ces réflexions me donnent mal au crâne. Déjà qu'il est mou, il ne va pas en plus devenir douloureux!


De
mi-tour à nouveau.

Pap
a me regarde. J'ai décidé de l'appeler papa parce que, de tous, c'est lui qui a le plus grand sourire. Paradoxalement, les autres semblent avoir une sorte d'énorme sparadrap blanchâtre à la place de la bouche. Lui il a une bouche, moi aussi, eux n'en ont pas, c'est donc lui mon papa
.
Il est beau mon papa. A ses traits de jeune homme séduisant commencent à s'ajouter quelques petites rides encore toutes discrètes, marques indélébiles du temps passé, vouées à se multiplier dans l'avenir. Une barbe de trois jours recouvre son menton, et je devine aux cernes qui soulignent ses yeux noisettes qu'il n'a pas beaucoup dormir ces derniers temps, trop occupé à veiller sur celle qui durant neuf tours de lune m'a porté tendrement en son sein. Et bien accroche-toi mon papa, parce que j'ai beau ne pas être grand, je vais te donner plus de fil à retordre que tous les patrons que tu as jamais pu avoir. Sauf que moi, ce sera par amour.



Il approche une main de mon petit crâne chauve. Premier contact physique avec mon père. Sa main se pose délicatement sur mon cuir pas encore chevelu. Elle est chaleureuse et bienveillante. Il faut que je m'efforce de lui exprimer tout mon contentement. Je ne sais pas encore dire « papa », seulement le penser, mais au moins je puis lui rendre son sourire.

Mes petites mains ont envie de bouger. Faisons-les se mouvoir. Hop! Je lui agrippe son auriculaire. Je le serre de toutes mes forces entre mes petits poings, il est à moi je ne le cherai pas. Le sourire de papa s'agrandit encore, une larme coule au coin de son oeil, et je sais que ce n'est pas de la douleur. C'est le plus beau jour de sa vie, il en est persuadé.


Il faudra que je m'en souvienne. Quand j'aurai grandi, il faudra que je n'oublie pas de le lui dire : son sourire est la première chose qui m'ait rendu heureux en ce bas-monde..


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par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : Ecrire
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Lundi 7 avril 2008
 Je m'ennuie. Ce que je m'ennuie ! Je m'ennuie à un point... c'est certain, je m'ennuie vraiment. Je suis au chômage ! Avec ce bon sang de régime draconien que mon égoïste de propriétaire abruti s'impose, je manque d'exercice, moi ! Eh-oh ! Je veux manger, moi ! Allez, donne-moi quelque substance providentielle qui me permettra de satisfaire ma faim quelques heures ! Oh-éh ! Moi y en a vouloir bouffer, toi comprendre ? Imbécile. Je suis sûr qu'il m'entend, mais ce bouffon refuse d'écouter. Bouffon. Ce serait une bonne idée, tiens ! Ah ! Je suis seul au monde, personne ne se soucie de moi. C'est dégoûtant. Ah-ha, de l'activité au niveau des cordes vocales. Si seulement ce stupide cerveau voulait bien communiquer ses informations aux autres, je saurais peut-être de quoi mon humain parle et à qui il parle, mais non. Je n'ai que mon intuition. Bon, copains ou copine ? Oh-oh, il y a aussi de l'activité en bas ! Ce doit être la copine. Hu-hu !


(bruits de moteurs et de klaxons) Oh-la-la ! Ce flux de sang subitement beaucoup plus dense m'assomme. Et voilà, ce qui devait arriver arrive, l'artère est bondée, ça bouchonne dans l'périph. Eh galère. Mais c'est qu'ils me bousculent en plus ces petits chauffards de globules ! Oh, je me sens tout tourneboulé... Besoin de bouffe! Bon, tu vas me filer à manger, oui ?

Ah
! Enfin ! Quelque chose descend ! C'est quoi ? C'est quoi ? L'intestin tend l'oreille, enfin, façon de parler. Bon, alors, voyons voir le menu du jour... Mais ? Qu'est-ce que ? C'est de la salive ! Et même pas la sienne en plus ! Par la sainte protéine ces bouches sont vraiment absurdes, à engloutir n'importe quoi ! Comme si de la bave allait me satisfaire ! Eh ! C'est de la nourriture comestible que je veux, moi. Et c'est quoi ce petit machin vert, là ? Bêêh ! C'est caoutchouteux ! Bêêh ! Humpf... chlorophyle... non, désolé, je ne touche pas à ça, moi ! Tiens, intestin grêle, amuse-toi ! Et si ça ne t'intéresse pas non plus, tu sais par où le faire sortir. Quelle horreur ! Que ? Hweulà ! Du mouvement. Bon, on bouge. Pour aller
?

(borborygmes de quelqu'un qui se noie, venant d'au dessus) Beuh... que ? (se noyant) Mais il veut me noyer ou quoi ? Et avec quoi ? C'est tout marron ce truc ! Aïe ! Et ça pique en plus ? Oh non, zut, j'évacue ! Hop-là ! (borborygmes de quelqu'un qui se noie, venant d'au dessous) Désolé cher intestin, mais que veux-tu ? Notre humain n'a aucun respect pour lui-même. Il maigrit et m'aigrit par la même occasion. Désolé que ton sort soit similaire au mien mais... pardon ? Que dis-tu ? Penses-tu qu'une sortie par voix orale soit une bonne solution, avec le peu de ressources que nous avons ? Oh, attend, j'ai l'impression que l'œsophage nous ramène encore autre chose. Tiens, c'est tout doré... Eh ! Ça a l'air comestible ! Du pain ! Oh oui du pain ! Du pain ! Du pain ! Béni soit le divin boulanger ! Oh du pain, miam ! Fantastique ! Oh quelle jouissance, j'exulte, houra ! Oh non d'un glucose que c'est bon... C'est bon... Eh, doucement derrière, chacun son tour ! C'est pas souvent, alors je profite. Hmm, miam. Je sais, c'est regrettable de se faire acheter ainsi, mais d'un autre côté ce n'est pas désagréable. Oh délice. Autre chose ? Mais oui ! Du steak ! Et... des frites ! Un peu trop salées certes mais c'est pas le moment de se plaindre, vite à l'attaque ! Ah ben voilà ! Je crois que cet énergumène a compris là où était son intérêt. Après un tel festin, une petite sieste s'impose. Hop au dodo ! Bonne nuit, et à la revoyure!
par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : Les chroniques de la meute
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Dimanche 6 avril 2008
- ACHETER

 

Je vis dans un paquet avec mes frères et soeurs

On m'allume au briquet lorsqu'on est un fumeur

On me tire et me jette comme une vieille chaussette

Tu m'achètes je t'explose pour toi je ne suis qu'une dose

Qui te fait jouir un instant pour crever dans vingt ans

Tu dépenses tout ton blé dans une mort prématurée

On t'as dit c'est mauvais mais t'as pas écouté

Me voilà t'as choisi laisse-moi pourir ta vie


- RANGER

Tu me tiens fermement au creux de ta main. T'as troqué deux billets contre deux paquets, quarante de mes semblables s'apprètent à massacrer tes sinus déjà atrophiés.
Tu me ranges dans ta poche où je resterai cachée, confinée, protégée, en sûreté.
Je resterais là pendant quelques temps jusqu'à ce que tu te saisisses de moi et me tires de mon clan, où tout est en ordre afin d'attendre ta venue, où tous nous nous tenons prêts à te satisfaire, rangés au fond d'une poche. Nous t'attendons, ô maître vénéré.

 

- ALLUMER

C'est à moi, tu m'as sortie de mon trou.
Me voici toute entière.
Ô mon maître qu'attends-tu?
J'ai froid, sors ta flamme et réchauffe-moi!
Je sais que tu as envie de moi alors vas-y, dépêche-toi!
Sors ta flamme et réchauffe-moi.

 

- CONSUMER

J'ai chaud. J'ai trop chaud. Je brûle, je grille, je crame, je calcine, je carbonise, je me consume et pars en fumée, nuage gris-blanc nauséabond.
Tes lèvres sont un acide qui me vident, m'aspirent, arrachant mes atomes par volées entières à chaque bouffée. J'étais vierge jusque là et je meurs entre tes doigts.
Tu me portes à ta bouche, et ce geste me brise chaque fois je m'amenuise, je perds de la consistance je chavire dans l'inconscience je me sens faible la mort me guette au feu à moi de l'aide s'il vous plaît n'importe qui je ne sais pas sauvez une clope en détresse ne me laissez pas périr encore une seconde et j'expire je me consume et pars en fumée, nuage blanc-gris nauséabond.

Tu m'as achetée pour mieux m'assassiner

Puisse malheur t'arriver salaud va donc crever


- JETER

Je suis morte.
L'espace d'une minute tu m'as aimée, mais maintenant je suis vide. Je ne suis plus rien à tes yeux, comme les autres tu m'a prise, et maintenant tu me rejettes, tu m'écrases du talon sur ce bitume inhospitalier où je gis inanimée.
Sans vie, tout juste éteinte et dans un bien triste état.
Dans deux minutes à peine une autre me rejoindra.

Tu m'as achetée pour mieux t'assassiner

Pour toi les dés sont jetés salaud tu vas crever








Un peu de ce qu'on fait dans notre atelier d'écriture.
Le sujet : écrire la vie de quelque chose ou quelqu'un à travers 5 verbes, à la manière d'Edward Bond
(référence à
"Rouge, noir et ignorant")


par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : Les mots dans tous leurs états
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Dimanche 6 avril 2008
J'ai chaud. Il fait noir. C'est douillet. Je me sens bien. J'étouffe, mais je me sens bien. L'obscurité me rassure. J'ai peur de la lumre. La lumière signifie que je dois partir. Partir en laissant tout derrière moi. Je suis forcé, on me force, quelqu'un que je ne connais pas me force à abandonner. C'est Dieu. Dieu s'agrippe à ma tête et la tire vers sa lumière. Mais je ne veux pas, moi! Ici il fait noir et c'est douillet. Certes ce n'est pas bien spatieux mais ça me convient, moi! Je ne veux pas! Je suis claustrophobe, j'ai peur d'être enfermé dehors, au secours, emprisonné dans la lumière, à l'aide! Personne ne m'aide.
La lumière se fait de plus en plus intense, je ne vois plus rien. J'ai peur du jour! Mes yeux me blent! Je pleure! Arrêtez! Je pleure parce que j'ai peur du jour et en plus il me fait mal à la tête ce con de dieu! Espèce de lâche, dégui en lumière, je ne peux te voir, et en plus de ça tu éprouves un malin plaisir à me torturer ainsi, à me forcer contre mon gré à quitter pour toujours mon domicile? Quel genre de dieu es-tu?

To
ut est de couleur lumière ici. La lumière c'est le néant, je ne peux pas la toucher, je ne peux pas la palper, la sentir, rien.
Mes
pieds tentent de s'accrocher à ce petit noir douillet, mais déjà c'est trop tard. La main de Dieu enserre ma tête et mes petits doigts sont bien trop faible pour ôter cet infâme étau de mon cne
.
Ça y
est, il n'y a plus de noir douillet. Jamais plus. Je suis entouré de jour, au secours, j'ai mal, je pleure, je respire. Mama
n.



Quelle heure est-il? Quelle heure? Quel pays? Quel jour? Quelle saison? Stop. Rostand est mort depuis des lustres, et moi je nais à peine. Que diable fais-je dans cette galère? Stop à nouveau. J'en suis au but, commençons par le début. Premier point : je pense donc je suis. Ça, c'est un bon départ. Qui suis-je? Heu... à première vue... ben... pas grand chose il semblerait. Un petit bout de chair rose avec une tête et deux bras, plus les pieds et un embryon d'appareil reproducteur masculin. Rapide état des lieux, cela dit d'un autre côté, et à en juger par la taille de mon entourage, je suis