Vendredi 25 avril 2008

Pas d’activité hors du commun à l’horizon, le café refroidissait dans sa tasse - ce qui n’était pas logique vu que la tasse était programmée pour conserver la chaleur, il devait donc y avoir eu un souci de conception sur celle-ci…- Henry s’esclaffait devant son télécommunicateur tandis que la secrétaire lorgnait vaguement un panneau d’affichage exposant une pub pour un séjour « tout confort et au soleil » dans une sphère-vacances aux Bahamas. C’était le bouquet. De plus, Mark venait d’être soudainement saisi d’une prodigieuse envie d’uriner. Il se dirigea donc vers les toilettes du local pour soulager son besoin. A peine avait-il entamé la vidange de sa vessie qu’une alarme retentit dans la bulle « Alerte bleue, code 789, que tous les citoyens se rangent dans l’emplacement prévu pour au centre de la bulle, je répète, que tous les citoyens cessent immédiatement leur activité et viennent se ranger au centre de la bulle dans l’emplacement prévu pour. » La voix était impérative, tout contrevenant passerait assurément un sale quart d’heure.

« Toujours quand je suis aux waters… » grommela Mark, qui s’empressa d’évacuer ce qui n’était pas déjà dans la cuvette. Après avoir ordonné à la chasse d’eau de se tirer et avoir maladroitement remonté sa braguette, puis s’être lavé les mains car négliger l’hygiène peut engranger des désagréments sanitaires, il sortit finalement des toilettes pour se précipiter au milieu de... Au milieu de quoi ?

Le carré formé par les civils était encerclé par les forces de l’ordre. Ça encore, cela arrivait une fois de temps à autre, mais que tout un bataillon tienne en joue la totalité des citoyens d’une sphère d’activité, quatre mille mains levées à l’unisson, c’était du jamais vu. Dans le doute, Mark choisit de ne pas se mêler à la foule et s’abrita sous son bureau, sans pour autant lâcher des yeux le feu de l’action. Pas plus mobiles que des statues, docilement alignés derrière leurs fusils, les agents de la force obéissaient au doigt et à l’œil à leur caporal, une jeune femme aux cheveux de feu et au regard d’acier. Le regard de Mark s’arrêta sur cette dernière. La jeune femme, bien que relativement chétive, dégageait une impression de puissance et de domination qui aurait couché à terre le plus féroce des tigres, et ses yeux à l’éclat métallique semblaient pouvoir glacer d’effroi les plus dangereux malfrats, fussent-ils aveugles. Et Mark ne pouvait pas en détacher ses propres yeux à lui.

« Messieurs dames, chers concitoyens, je n’ai pas le plaisir de vous informer qu’un objet extrêmement précieux appartenant à la milice vient d’être subtilisée il y a quelques minutes à peine. Naturellement, chacun d’entre vous étant potentiellement suspect, nous allons effectuer une opération de contrôle individuel. Vous avez donc trente secondes pour former quatre rangées à peu près égales et correctement alignées face au sergents Smith, Westham et Anderson, ainsi que moi-même. Et que ça saute. » Les civils, sans trop comprendre ce qui se passait, s’exécutèrent sans rechigner, sans le moindre mot, probablement par peur de la jeune femme aux cheveux de feu. « C’est parfait. Nous allons procéder aux fouilles. Vous, devant, avancez et donnez-moi votre nom et votre numéro de matricule », articula-t-elle au premier de la file, qui n’osait lever les yeux de ses chausses, effrayé sans doute à l’idée de croiser ceux de la caporale. Elle souriait, mais quelque puisse être son expression faciale, le fusil XS-06 qu’elle portait en bandoulière ne lui donnait étrangement aucun air de bienveillante sympathie. Mark préféra s’éclipser discrètement avant que les miliciens ne s’intéressent à SolFaSi’L. Il avait à peine fait trois pas en direction des ascenseurs qu’un type masqué lui saisit fermement le bras droit et l’attira dans un coin à l’abri des regards.
- Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? Bredouilla Mark, passablement surpris et apeuré.
- Pas de question. S’ils vous trouvent et que vous n’êtes pas alignés, vous êtes bon pour la taule. Et je ne crois pas que les douches de la prison d’El Toro soit un endroit très fréquentable pour un pékin comme vous.
- Un pékin comme… que voulez-vous dire ?
- Pas de question, j’ai dit. Suivez-moi, et gardez-vous de prononcer le moindre mot, sans quoi je me verrai dans l’obligation de vous amputer de la langue.
L’homme était impitoyable. Il l’entraîna discrètement dans une boutique de décoration végétale. Sous un énorme bonsaï - un acacia caffra, sans doute - sévissait une trappe. Cette dernière débouchait sur une sorte de corridor sombre et froid, les parois recouvertes d’immondices, l’atmosphère humide et une odeur de crasse mêlée à de la rouille. Rien de bien accueillant.
- Où m’emmenez-vous ? protesta Mark, qui n’appréciait guère d’être traîné dans un endroit sordide, et dont le bras n’allait pas tarder à s’orner d’un hématome tant la poigne du gaillard masqué était puissante.
- Cette question ! Je vous ramène chez vous, bien entendu. Vous pensiez peut-être que je vous accueillerai chez moi ? répondit sèchement le type.
- Ce serait une réparation je pense ! rétorqua Mark, fronçant les sourcils, un ton de reproche dans la voix.
- Sans moi vous seriez à la merci de leurs canons ; je crois que plutôt que de vous plaindre, la bienséance exigerait que vous me remerciez.
Cette homme était une insolence rare, pensa Mark, mais il se garda de le penser tout haut. Après tout, le type disait vrai. Il lui devait une fière chandelle.

Un étage au dessus, la fouille s’achevait, et la jeune caporale tempêtait. L’objet extrêmement précieux n’avait laissé aucune trace, aucune indication sur son changement de propriétaire. Désormais, il allait falloir avertir le boss suprême, Dwight David Dawkins Jr en personne. C’était une épreuve qu’elle redoutait, mais elle n’avait à présent guère le choix. Il lui faudrait donc affronter la tempête du gouverneur président général en chef. Ce n’était pas le courage qui lui manquait, mais cette mission-ci était loin d’être son champ de bataille favori. De rage et de désespoir elle jeta sa casquette au sol, mais se garda de la fouler du pied. Piétiner une casquette de l’armée, c’était piétiner le symbole de l’armée. Et piétiner un symbole, c’était piétiner une institution. Elle remit donc son couvre-chef en place, et dû se contenter de serrer les poings et les dents. Si son heure de gloire devait venir un jour, elle en était à dix mille lieues.


ici, les liens vers les 1ers et 2nds paragraphes

par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : Ecrivains et vains écrits !
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Samedi 19 avril 2008
Pourquoi? Pourquoi ne pouvais-je pas rester dans mon cher et tendre petit noir douillet plut que d'être projetté contre mon gré dans ce monde dans lequel je ne me plaîs mais vraiment pas du tout?
Bon, nous n'y sommes pas encore. Je suis bien trop secoué pour me projetter dans le futur. Et aps tout pour l'instant je peine à imaginer un monde plus grand que cet espace vert et blanc qui est déjà immense comparé à feu mon petit noir douillet. Le cordon est sectionné, c'est un véritable bouleversement auquel je ne m'étais pas préparé, je suffoque, c'est atroce, terriblement atroce, j'ai envie de pleurer, j'ai envie de hurler, hurler mon amour pour ce petit noir douillet qui n'existera plus jamais pour moi. Mes poumons jusque là compris se gonflent en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. C'est la goutte qui fait border le vase. Ma mère et moi ne faisons plus un mais deux, j'ai mal au ventre, je viens de me défoncer la cage thoracique de l'intérieur, bande de misérables sagouins qui vous jouez de moi! C'en est trop je hurle.
Dieu approche un index.

Il a de la chance que je n'aie pas encore de dent celui-là!

      .. §* -:-#-:- *§ ..

.. Il fallait une fin la voici.
.. Je suis né, depuis je grandis.
.. Tous les jours un peu plus
.. Et d'années en années,
.. Le jadis nouveau-né
.. Si frêle, faible et nu,
.. A passé sa genèse
.. Pour devenir personne,
.. Et ainsi à Dieu ne plaise
.. Se transformer en homme.



Vous qui lisez ces quelques mots, je vous salue et vous dit à bientôt!
1.. 2.. 3.. Flo "Chako"
par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : Ecrire
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Jeudi 17 avril 2008

« Passez une bonne journée monsieur Leone. La température extérieure est de vingt trois degrés celcius, il est exactement sept heures quarante-trois minutes, le transport sera là dans dix-huit secondes. N’oubliez pas votre aimant-casque. »
- Ouais, ouais, ça va c’est bon je sais je connais, grommela Mark tout en se saisissant dudit couvre-chef. La voix mécanique avait beau être une voix féminine particulièrement suave, elle courait sur le haricot du bonhomme presque autant que celle du robot-cuisine. Enfin au moins, elle n’était pas apte à lui refiler quelque malencontreuse migraine.
« Ouverture du sas », marmonna Mark machinalement. Aussitôt dit, aussitôt fait. Mark prit son élan et plongea. Ce serait probablement le seul moment grisant de la journée, alors autant en profiter au maximum. L’espace d’une seconde il se retrouva en parfaite apesanteur, une impression de liberté explosa en lui, traversant sa cage thoracique de l’intérieur pour aller crever le ciel. L’espace d’une seconde le sol sembla accessible, cette terre que ses pas n’avaient jamais foulé. Mais encore une fois, Mark n’atteindrait pas le sol. En quoi était donc fait ce sol ? De l’inox ? Du bitume ? De l’aluminium ? Ou tout simplement de la poussière ? Il ne pouvait pas, assurément, être composé d’un matériau compliqué, d’un alliage subtil. Peut-être était-ce même un liquide putride qui empêchait la vie d’y poser les pieds ? Pourquoi personne n’avait-il jamais foulé le sol ? Il ne le saurait probablement jamais. Son défragmenteur lui manquait déjà. Ces vaines interrogations n’étaient bonnes qu’à obstruer son cerveau de pensées inutiles qui pourraient nuire à son bon fonctionnement. Ne pensez que si cela doit être utile à une démarche en voie d’accomplissement. Les pensées inutiles sont vaines car elles entravent les mécanismes cérébraux. Donald Dawkins disait toujours la vérité, ces maximes furent, sont et resteront le code de vie du citoyen.

Réfléchir trop donne mal à la tête. De toute façon, Mark n’avait plus de temps pour penser, le transport était là. L’aimant casque était irrésistiblement attiré vers le haut, jusqu’à entrer en contact avec la zone d’arrimage de la navette. Les quelques secondes d’apesanteur appartenaient à présent au passé, Mark Leone rentra de plein fouet dans le train-train quotidien. L’habituel slogan résonna dans sa tête : « La compagnie Skybus vous remercie d’avoir pris place à son bord. Le véhicule va maintenant démarrer ». Pendant le temps du jingle, des vaporisateurs aspergeaient les usagers de lotion anti-maux de tête. Eh oui, le choc entre les casques et la coque de l’appareil provoquait également des douleurs au crâne.

La zone d’arrimage était un cercle polarisé de petite envergure, autour de Mark de multiples tiroirs s’ouvraient pour mettre en place le siège du passager. Le dossier glissa le long du tracé de sa colonne vertébrale et épousa parfaitement les formes de son dos. Un harnais se fixa autour de son torse, un coussinet confortable se faufila entre ses jambes tandis qu’un repose-pieds glissait derrière le dossier pour aller se loger sous ses semelles, le tout sous une musique d’ascenseur peu folichonne. « Véhicule Skybus Z3-HB86z9, paré au décollage. La compagnie Skybus vous souhaite un agréable voyage. »
Les douze moteurs latéraux vrombirent à l’unisson, les siègent vibrèrent, la navette se mut. Alors que les commandes du siège entamaient un programme de massage dorsal, les habituelles publicités résonnaient dans les oreilles de Mark, se succédant les unes après les autres à un rythme effréné. « Fliyin Spirit 77, la moto spatiale qui vous emmènera au septième ciel en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire »; « Venus GoldHair 3, un après-shampooing pour des cheveux plus brillants que l’or »; « W-Shirts, des fringues branchées multicolores et insalissables »…
Il paraît que pendant un temps, ils diffusaient de la musique, mais que pour des raisons financières ils avaient décidé de passer en boucle des annonces publicitaires. Pourtant aujourd’hui Skybus Corp. roulait sur l’or, pourquoi ne pas remettre en place la musique ? Mark n’aurait pas la réponse. Et puis il se posait trop de questions. Et puis il était arrivé à destination. Après deux minutes interminables de trajet, le boulot lui tendait les bras.

La navette déposa ses usagers sur le toit du building où bossait Mark. Tous prirent l’ascenseur et descendirent dans la bulle centrale de vie, une gigantesque place couverte, avec des arbres, des tonnes de luminaires et même une fontaine. La petite enseigne « SolFaSi’l, nous soutenons vos pas » clignotait humblement entre celles d’un magasin de chaussures et d’une boutique de cosmétiques. Non loin, les deux plus grosses enseignes se livraient une rude concurrence, à savoir la Bank Assurance Cash Total Economic Round Year, ce qui ne voulait pas dire grand-chose mais dont le sigle de BACTERY était très éloquent, et le marché aux nutriments, intitulé plus simplement We Feed. Mark ne s’en soucia guère et avança vers la porte coulissante de SolFaSi’l. A son entrée les mots « Mark Leone, employé. Bienvenue » se firent entendre par la même voix féminine que celle du vestibule de l’appartement. Un petit homme joufflu et jovial surgit de derrière un bureau et s’empressa d’accueillir chaleureusement son collègue.
- Hey, salut mon vieux, comment va le bon Mark Leone en cette belle matinée ? Dit le petit homme en lui tendant sa main droite, que Mark empoigna nonchalamment.
- Ni mieux ni moins bien que d’habitude, mon cher Henry.
Henry eut un sourire narquois au son de cette réponse qu’il s’attendait à entendre. Il gratta son crâne touffu par-dessous sa casquette et se saisit d’une pile de documents posée sur le bureau le plus proche.
- Tiens mon vieux, tes corvées du jour. Une bonne femme de cent trente quatre ans à l’étage B-28 de la tour 9 a eu un soucis avec son parquet. Suite à une récente prise de poids les capteurs l’ont prise pour son mari, décédé il y a trois semaines. Je te raconte pas le choc !
- J’imagine, répondit Mark sobrement.
Le rire gras d’Henry qui piaffait d’enthousiasme comme tous les jours ne parvint pas à illuminer le visage terne, morne et encore légèrement ensommeillé de Mark. « Café », ordonna-t-il à la machine prévue pour, qui s’empressa de le servir. Sa tasse dans une main, la paperasse dans l’autre, Mark s’installa sur son siège et entreprit de décrypter ce que son travail allait exiger de lui. A moins qu’Henry ou un autre ne lui annonce un évènement inattendu dans la minute, cette journée serait rude et terriblement banale.



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Mardi 15 avril 2008
Hola? C'est quoi ça encore? Le parterre s'éloigne! J'ai l'impression de.. je vole!
Ah
non c'est encore ce satané Dieu qui m'a chopé par taille. Maman, t'es loin!

Et l
'autre qui me tient fermement dans ses grosses mains? Dieu, quand est-ce que je pourrai te voir?
Ah ben ça! Suffit que je le pense, et il me fait faire demi-tour. Mais... Mais c'est pas Dieu! Il ne peut pas être Dieu, il porte des lunettes! Dieu ne peux pas porter de lunettes, ou alors il n'est pas aussi parfait que je le pensais. Non pas que j'aie quoi que ce soit contre les gens qui portent des lunettes, mais Dieu a une vision trop parfaite pour en porter... Et puis cet accoutrement est ridicule, la pièce de tissu sur la bouche ça fait pas cdible: Dieu est une parole, il est inconcevable que sa bouche doive demeurer close. Mais alors je suis, moi?



Soudain, la main du type-qui-n'est-pas-Dieu-et-qui-porte-des-lunettes se saisit d'un terrifiant ustensile argenté, un drôle de bidule avec deux boucles pour y passer les doigts, mais surtout deux pattes raides comme des manches à balais et dangereusement pointues, acées, effilées, tout ce que vous voulez mais rien qui puisse me rassurer. Et voi qu'il tend cet engin barbare à mon re et lui annonce solennellement « Allez-y ». Allez-y quoi? Qu'est-ce que mon papa est censé faire avec cet instrument de torture? Je dois halluciner. La chose se rapproche de moi. Papa rapproche ce cauchemardesque outil de moi, la partie tranchante dangeureusement pointée vers mon abdomen!
E
t le pire, c'est qu'il a l'air plus heureux que jamais. Je dois halluciner!

Si
c'est le cas, ma propre imagination m'effraye. Ce petit noir douillet me manque, je ne sais si c'est un rêve, mais étant donné l'énormité du couperet qui se rapproche de moi comme si mon ventre était aimanté, je ne vais pas avoir besoin de me pincer pour le savoir.


Non, ce n'était pas un rêve. Ce fut comme un sursaut, comme si le monde auquel il me semblait avoir toujours appartenu n'existait plus, s'était effondré d'un seul coup. L'ultime cordon qui me reliait à ma mère venait dtre irdiablement section. Par mon re. Je crois que c'est de cet instant que provient le premier mot que j'articulerai bien des mois plus tards. « Pourquoi ».



paragraphes précédents : les 1ers - les 2nds
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