Dimanche 18 mai 2008
« Laissez passer le messager ! Laissez passer le messager ! » clamait Sherva de sa voix aiguë en se faufilant entre la foule qui stationnait au chevet du grand cerf. En entendant ses mots, lapins, belettes, blaireaux et rongeurs en tous genres lui frayèrent un chemin entre leurs rangs, et l'écureuil parvint sans embûche au talus ou gisait le seigneur de la forêt, la mine aigrie et le regard vitreux. A ces côtés une vieille hase s'affairait avec des plantes aux vertus médicinales, préparant une rustique décoction qui pourrait calmer la fièvre du roi.
- Seigneur Jehla, bi
en-aimée majesté. Votre remède est prêt, annonça fièrement le petit messager en se prosternan
t.
À ces mots la hase t
endis l'oreille. Elle se désintéressa subitement de ses plantes et dé
visagea l'écureuil.
- A
pprochez, mon jeune ami
.
Sherva s'exécuta.
- V
ous dites que l'enfant s'est endormie à l'orée
de la forêt ?
- En eff
et, je viens vous faire
parvenir la nouvelle.
- Alors il n'y a pas un
instant à perdre.
La h
ase haussa la voix et clama à toute l'assemblé
e :
« Loyaux sujets, fi
dèles amis de sa majesté, les braves Camis et Timero ont trouvé la perle qui nous manquait pour le salut de notre bien-aimé seigneur. Venez, prenez la route avec nous, aidez-nous à porter notre roi. C'est d'une enfant endormie que dépend l'avenir du cerf Jehla aujourd'hui, un petit soleil qui lui redonnera la vie. L'espoir nous sourit à nouveau
. »


Elsea marchait tou
jours. Le bruit de ses pas résonnait sur les dalles, et de minces rayons de lune filtraient entre les murs. Le couloir la conduisit à une cour intérieure, surplombée par le ciel étoilé. L'astre du soir se baignait dans un bassin entouré de roseaux. Petite touche d'exotisme, un saule pleureur s'abreuvait dans le flot limpide. Une lumière argentée émanait de l'eau silencieuse. Elsea eut comme une impression de déjà vu, la lueur mystique lui était familière. Un goût de barbe à papa papillonnait sur sa langue. Cette eau était la même. Et pourtant ce serait différent. Cette fois-ci elle ôterait sa robe de flanelle. Elle irait goûter la fraîcheur, elle offrirait sa peau nue à la source aimante sous l'œil complice de la lune. La belle Séléné veillait sur elle, blanche et aussi ronde que les bulles qui s'amassaient autour d'Elsea. Inondée de nuit, elle ferma les yeux et s'abandonna avec délice. Un sourire aux lèvres.




..  Une image, un rêve, une illusion peut-être.
..  La nuit me berce et loin de toute vie,
..  Par delà les étoiles je brille de tout mon être.


..  Délice du songe, douceur fébrile,
..  Je voyage sans crainte à travers la nuit,
..  Fugace évasion de bonheur volatile.


par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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Lundi 12 mai 2008
Sur l'autre rive, dissimulés dans un buisson, deux paires d'yeux observaient la jeune fille depuis une bonne heure. Le moindre de ses gestes avait été épié par de petits curieux.
- Camis! Camis! Elle s'est endormie tu crois? chuchota l'un.
- Mon vieux Timero, si j'en crois mon instinct, je dirais que oui, murmura l'autre.
- On peut donc hausser le ton?
- Oui.
- Elle dort, tu en es sûr?
- Mon flair ne me trompe jamais, Timero.
- Alors tout baigne. Va prévenir les autres, je monte la garde.
Timero s'exécuta. D'un bond agile il sauta sur la branche la plus proche et escalada le chêne massif où résidait son ami Sherva. Un trou circulaire dans l'écorce consistait en la porte d'entrée du foyer. Timero passa son museau à l'intérieur, mais il ne vit personne bouger.
- Eh Camis! Sherva n'est pas là!
- Bon sang, satanés écureuils, on ne peut pas leur faire confiance! Toujours occupés ailleurs!
Vu d'en haut, Camis le renard semblait bien petit. Le voir s'énerver au ras du sol, les oreilles rabattues sur les côtés, la gueule grande ouverte débitant un flot d'injures à l'encontre de la gent écureuil, était un spectacle très divertissant. Pour un félin de la classe de Timero, ce rouquin au poil touffu était un désopilant énergumène qui n'avait pas son pareil pour glapir tout et n'importe quoi, mais dont l'intelligence semblait flancher parfois. Timero, quant à lui, était un superbe chat sauvage tigré. Sa fourrure était une mosaïque couleur sable aux nuances d'ambre et d'ébène, et elle se parait fièrement d'un superbe plastron blanc crème ainsi que de menues socquettes assorties. Assurément, Timero était un séduisant matou. Et lorsqu'il n'avait rien de plus urgent à faire, il s'empressait de réajuster consciencieusement le lissage de son poil en quelques coups de langues. Ce petit moment à patienter était l'occasion rêvée. Tandis qu'au pied de l'arbre Camis rouspétait , à la cime le félin renouvelait son brushing. « On ne se refait pas », songea celui-ci.

Elsea, inconsciente du dialogue que se livraient les deux bestiaux, découvrait un pays qu'elle ne connaissait pas. Elle parcourait un long fleuve qui arrosait le désert de ses eaux généreuses. Non loin de sa chaloupe, trois pyramides dominaient fièrement une vallée aride. Un peu plus loin, un temple à demi ensablé bravait le temps pour subsister, ses deux obélisques à la pointe jadis dorée défiant fièrement le ciel. Le soleil de plomb carbonisait le sol, les feuilles des palmiers dansaient lentement au gré du vent brûlant qui soulevait la poussière sur son passage. Elsea, elle, n'avait cure de la chaleur; entourée par les flots, elle voguait paisiblement au-delà de tout soucis. Un sourire au coin des lèvres, les pensées égarées dans un rêve.

Un peu plus haut, sur un grand chêne vert, un petit écureuil s'affolait. Que faisait un chat sauvage à l'entrée de son logis? Le rongeur, encombré par une grosse noisette cueillie quelques minutes plus tôt, était dans l'embarras le plus total. Il s'approcha discrètement du matou... et reconnu son ami Timero. Aussitôt rassuré, il pris une allure beaucoup plus décontractée et marcha d'un pas nonchalant vers le félin qui le regardait godiller d'un œil amusé.
- Maître Sherva, je commençais à me faire du soucis.
- Oh, vous savez, faut pas vous faire de mouron pour moi. Je ne suis que rarement loin du nid.
- Fort bien. Vous faîtes mieux de n'en pas être éloigné, car je me serais vu dans l'obligation d'aller vous courir après.
- Ah ? Et en quel honneur ?
- L'enfant s'est endormie.
- Vraiment ? Je veux dire, ça y est ? Elle dort ?
- Puisque je vous le dis.
- Chic alors !
- Et en conséquence, je venais vous rappeler la tâche qui vous est investie.
- Vous avez raison, je n'ai que trop tardé. Mais pourquoi n'êtes-vous pas parti ?
- Camis rêve toujours de planter ses crocs dans votre chair.
Une brève expression d'effroi illustra le visage de Sherva, en souvenir d'une course poursuite menée par le renard qui avait bien failli lui coûter la vie. Être dans les petits papiers de Timero était un bel avantage, songea-t-il.
- Seigneur Timero, je m'en vais de ce pas quérir le roi Jehla. Je suis à vos ordres.
- La communauté compte sur vous, maître Sherva. Pour ma part, je vais cueillir mon déjeuner et reprendre mon poste. Soyez ponctuel, mon ami.
- Je n'y manquerai pas, lança l'écureuil avant de disparaître dans le feuillage.
En toute hâte le félin lissa ses moustaches, jeta un bref coup d'œil au renard qui faisait les cent pas en bougonnant, et plongea à son tour dans l'épaisseur de la forêt.

Dans son sommeil, Elsea marchait lentement dans une cité en ruine. Un temple se profilait à sa gauche. Une statue représentant une déesse à tête de chat semblait épier le moindre de ses actes. La fillette s'en approcha, intriguée, et posa sa main sur le crâne de bronze d'un geste qu'elle voulait bienveillant. La divinité accepta la caresse de la jeune fille. La ville endormie s'offrait à elle. Un sourire aux lèvres.
par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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Lundi 12 mai 2008

Un sourire.

Lor
sque Elsea regardait son reflet dans l'onde pure, c'est ainsi qu'elle se voyait. Un sourire, elle n'était qu'un sourire. Cette pensée la fit rire. Allongée sur l'herbe humide, la jeune fille prenait un bain de soleil au bord du ruisseau. Sa main vagabondait à la surface de l'eau, taquinant la fraîcheur de la pointe des ongles, effleurant une algue de temps à autre, surprenant un poisson, plongeant dans la vase pour remonter à l'air libre, un nuage de bulles papillonnant derrière
elle.

L'air de
rien, Elsea rêvait de printemps. La prairie était parsemée de fleurs. Elle quitta la berge pour cueillir une pensée, et la porta paresseusement à son visage. Les pétales indigo lui chatouillaient le nez, le vent caressait ses cheveux, le ruisseau bruissait paisiblement dans son lit. Un peu plus loin, haut perché dans un arbre, un oiseau fredonnait une mélodie envolée, quelques notes cristallines teintées de gouttelettes harmonieuses qui pleuvaient en douceur sur la belle. Cet oiseau, Elsea se l'imaginait bleu, comme l'azur, comme l'océan, car chaque son qu'il faisait parvenir à ses oreilles l'emmenait dans un rêve au dessus des nuages, par delà les mers, tourbillonnant avec délice dans les étoiles. Elle ferma les yeux. Elle marchait sur un sol de nacre, sous le regard complice d'une lune vermeille. De gigantesques montagnes de barbe à papa se profilaient à l'horizon, des oiseaux blancs comme neige voletaient gaiement autour d'elle. Un pas après l'autre, elle suivait la cadence des oiseaux qui l'emmenaient au bord d'un étang aux eaux sombres comme la nuit. La fillette s'agenouilla, pris une poignée de sable blanc entre ses mains, qui s'envola au gré de sa fantaisie dans un scintillement argenté. Elle avança vers l'eau et s'enfonça lentement dans les profondeurs de l'étang silencieux, sans qu'aucune goutte ne vint mouiller sa jupe de flan
elle.

Allongée
sur l'herbe, Elsea s'offrit aux bras de Morphée dans une douce étreinte, bercée par un chant venu d'ailleurs.



ceci est le début d'une nouvelle -> bientôt la suite!
par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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Dimanche 4 mai 2008

..*..petit poème du soir..*..



plonge-moi dans les bras de Morpe
au son de la lyre d'Orphée
transporte-moi au pays des fées
chaussé de sandales ailées
défie le ciel et les nuages
toise les anges sans âge

s
urvole tempêtes et orages
prends sur ton dos un enfant sage
et berce-le tout en douceur
a
vec tendresse che ses pleurs
égaye sa nuit, balaie ses peurs

é
coute battre son petit coeur
puis couche-toi près de lui
protège-le de la pluie

sois son étoile et luit
e
n songe il te dira "merci"

par Chako Noir publié dans : la plume au chapeau communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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